Repas de roi & Ashura

04/12/2010 - Pays : Bahreïn - Imprimer ce message

Ça y est, j'ai inauguré ma salle à manger ! :D
Hier soir j'ai eu des invités, Johan mon collègue sud africain et son amie Florence, Olivier & Laurence ainsi que les parents de ce dernier en visite à Bahreïn. Plein de français donc... Du coup petits plats dans les grands ! Ben oui facile d'impressionner un local avec tes "talents de cuisinier français" en lui faisant un steack frites ! Avec une tripotée de bons vivants, majoritairement du sud-ouest, je me doutais bien que je ne passerais pas à coup de croquettes de poulet !
Donc j'ai passé un peu de temps à faire les courses, une heure trente jeudi soir à sillonner Géant avec un caddie plein à ras bord, puis une bonne partie du vendredi dans ma cuisine. Je n'y peux rien, j'aime ça... Mes parents m'ont sans doute collé ce virus et j'ai autant de plaisir à manger un bon repas qu'à en préparer un. Dans ma tête il va sans dire que boustifaille et convivialité riment au grand dam de la poétique ! Sans compter que la jolie table fait partie du rituel, le plaisir des papilles étant largement stimulé par la joie des yeux. 

Pour l'apéritif, j'ai fait simple : quelques chips et crackers, des tomates cerise, quelques toasts de caviars de tomates, rillettes de St Jacques et tapenade.
En entrée, assiette de la mer avec une terrine aux 3 poissons que j'ai lâchement achetée toute faite, tranche de saumon fumé sauvage d'Alaska avec quelques rondelles d'oignon rouge. Comme sauces mayonnaise, aïoli et une sorte de confiture d'oignon acidulée et légèrement pimentée que j'adore. Soucieux d'équilibre alimentaire (pour mes invités, pas pour moi ! Ça fait longtemps que j'ai perdu cette bataille là  :D) il y avait aussi tomates mozzarelle, salade de betteraves et une petite roquette.
Le plat principal : magrets de canard avec une sauce maison au thym, réduction de vinaigre balsamique et miel. Pâtes fraîches et hop.
La sauce a eu du succès, Johan m'a même dit qu'en en faisant des bouteilles je ferais fortune ! :D


Malgré le fait que Johan ne parle pas français, tout le monde a fait des efforts pour parler anglais et les discussions ont été bon train.
Les alcools de l'apéritif et le Merlot aidant, nous avons parlé de tout et de rien, certains ont même avancé que le sud-ouest était la plus belle région de France... Heureusement que je ne bois pas et que j'ai pu garder les idées claires, car enfin tout le monde sait bien que c'est l'Alsace qui est, de loin, la plus belle région de France :p  Johan en a conclu que les français étaient décidément "very regional" ce qui je l'avoue n'est pas faux. En même temps, nos régions ont des identités marquées, des histoires, des cultures, des dialectes souvent, des habitudes culinaires bref, tout ce qui crée ce sentiment d'appartenance, cette sorte de "patriotisme régional".

Après un méga plateau de fromage très très affiné (le reblochon était juste "wow" !), farandole des desserts, histoire d'achever les foies déjà bien attaqués :p Au programme un mini cake au citron, une verrine de pana cota avec une mûre et une framboise, une mousse au caramel beurre salé avec un morceau de caramel dedans et une bouchée de halwa au sésame, le tout fait maison bien sûr (sauf le halwa). Les mini cakes étaient un peu secs à mon goût (et d'ailleurs un peu cramés sur le dessus O_o) pas facile les premiers pas avec un four inconnu ! Mais bon mes invités étaient très polis et personne n'a songé à relever...

En résumé, j'ai passé une excellente soirée, entouré de gens extrêmement sympathiques qui de surcroît se sont bien entendus les uns avec les autres (pas toujours facile l'alchimie des mélanges d'invités... qui n'a pas dans ses souvenirs quelques dîners en mode chien de faïence contre merlan frit où l'hôte doit faire plus la conversation que la cuisine !). Je pense que tous étaient repus et contents.
Revers de la médaille, le réveil ce matin a été un peu ardu avec seulement 4h de sommeil. Cela dit, moi j'étais à l'heure, Johan lui ne s'est pas réveillé du tout alors qu'il sont exprès partis aux environs de minuit :p  J'ai donc pu le charrier un peu ce matin pendant que nous prenions double dose de caféine au Starbucks du coin ^^

 

En dehors des péripéties de ma vie sociale, Bahreïn plonge tranquillement dans l'hiver et l'on voit fleurir bonnets et écharpes, quelques anoraks de-ci de-là (si si je vous promets)... ben oui hein la température est tombée en dessous de 25° donc nous guettons la sortie des ours polaires :D Nous arrivons aussi à la période d'Ashura qui est l'une des périodes les plus importantes de l'Islam chiite. Les chiites commémorent à cette période le martyr d'Hussein, petit fils de Mahomet et saint prophète du chiisme. Celui-ci fut massacré à Kerbala (à 100 km au sud de Bagdad aujourd'hui en Irak) avec une grande partie de sa famille par les Omeyyades le 10 du mois de Muharram (calendrier Hégirien selon lequel nous sommes en 1431. Les arabes se réfèrent toujours à ce calendrier, même si par commodité on utilise le calendrier grégorien. Les agendas locaux indiquent la date selon les deux calendriers). Depuis lors, les chiites observent un deuil de 40 jours à compter de cet anniversaire. On se vêt de noir, les femmes retirent leurs bijoux, ne se maquillent pas. Tous les évènements joyeux sont bannis et reportés à la fin du deuil d'Ashura. C'est à cette occasion que se tiennent les processions pendant lesquelles les hommes se lamentent et font acte de contrition en se frappant. Ces processions ont donné lieu à des gestes assez sanglants, certains allant jusqu'à se mutiler en se lacérant le dos à coup de lanières plombées entre autres réjouissances. Aujourd'hui les violences auto-infligées sont interdites et les coups sont donc plus symboliques. Ceux qui voient dans ces épisodes ultra violents une sorte de fanatisme islamique peuvent tourner leur ½il critique vers certaines processions pascales durant lesquels de jeunes hommes et femmes parfois reconstituent le chemin de croix avec véritables coups de fouet, couronne d'épine en épine véritable et crucifixion avec de vrais clous (chez Casto y a tout ce qu'il faut !) en cerise sur le gâteau. Il faut croire que quelle que soit la religion, les martyrs, lorsqu'il y en a, sont une source d'inspiration pour les croyants, et certains pensant se rapprocher de leur Dieu en suivant le même chemin sont prompts à manifester leur exaltation mystique.

Lors de mon dernier séjour, j'ai eu la chance d'assister à une de ces processions, grâce à un de mes amis locaux. Les hommes du village, vêtus de noir pour le deuil et d'un foulard vert clair, couleur du chiisme marchaient en rang au pas, suivant un imam qui récitait le Coran au rythme de tambours. Tous en rythme, les hommes poings serrés balançaient leurs bras en arrière, les ramenaient ensuite croisés devant la visage pour les abattre avec force sur leur poitrine. Je vous assure que des centaines de poings qui s'abattent en même temps sur des poitrines ça fait un sacré boucan.... Boum boum pan... Boum boum pan... Rien que d'y repenser, j'en ai des frissons ! Ce rythme avait quelque chose de très profond, sourd, comme ce qui ferait mal mais qu'on ne pourrait pas dire, comme si le seul moyen d'oublier cette douleur dans l'âme était de la masquer par une douleur dans le corps. Les enfants suivaient la procession accompagnés par des hommes à cheval, ils se tenaient tous à une grosse corde symbolisant leur état de prisonniers. Cette cérémonie m'a profondément touché, voire troublé car par-delà le rite, la tradition, on pouvait vraiment lire une peine sincère dans leurs regards comme si cette mort vieille de 740 ans venait de les frapper la veille. Pas d'hystérie, de cris, une grande dignité, un calme profond, et en même temps une tristesse infinie... Bon c'était la minute mystique :D Profitez-en vous n'en verrez pas tant que ça. Je suis bon public et je m'émeus facilement, mais pour me remuer les tripes il en faut un petit peu !

Histoire qu'on parle aussi de l'Histoire avec un grand H, voici celle de la bataille de Kerbala durant laquelle le descendant du prophète trouva la mort (Source Wikipédia) :

"Le gouverneur du nouveau calife omeyyade Yâzid, Ibn Ziyâd fit tuer l'émissaire que Husayn lui avait envoyé à Kûfa. Peu après, Husayn se mit en route pour cette ville, "imprudemment" selon certaines sources, en toute connaissance de cause afin de dévoiler aux yeux des musulmans l'injustice des Omeyyades selon d'autres. Il aurait ainsi rencontré en chemin le poète Abu Firas Hammam dit "al Farazdak" qui l'aurait prévenu : « Ô Husayn, leurs c½urs sont avec toi mais leurs épées sont sorties de leur fourreaux ! »

Escorté d'une petite troupe de 72 personnes, dont les membres de sa propre famille, il partit rejoindre ses partisans de Kûfa qui l'avaient appelé à l'aide et lui avaient promis obéissance. Ibn Ziyâd intercepta cette troupe à Kerbala et exigea que Husayn prête allégeance au calife Yâzid. Devant le refus de celui-ci, une bataille très inégale s'engagea, le 10 muharram, mois sacré du calendrier musulman. Tous les compagnons mâles de Husayn furent tués (10 octobre 680; 10 muharram 61AH). Le combat semblait perdu d'avance, la petite armée de Husayn ne pouvant se mesurer à 300 000 adversaires, et ce d'autant plus que l'armée omeyyade contrôlait tous les accès à l'eau. Ils furent donc obligés de combattre durant deux journées sous un soleil de plomb et sans eau aucune.
La soif et les durs combats eurent raison de leur courage et leur abnégation. Seul le plus jeune fils de Husayn,
'Alî Zayn al-'Âbidîn, fut épargné avec les femmes. Le cadavre de Husayn fut enterré sur place et sa tête décapitée fut envoyée à Damas au calife Yâzid, ainsi que les survivants devenus captifs. Lorsqu’on apporta la tête décapitée de l'imam Husayn au calife Yazîd Ier, celui-ci fut effrayé.

Ensuite, Yazîd fit conduire dans ses appartements les femmes et ordonna de traiter `Ali Zayn avec égards. Le bruit du massacre de la famille de Mahomet par l'armée du nouveau calife s'amplifiait. Redoutant une fronde, Yazîd déclara publiquement son désaveu de ce meurtre, et fit escorter les captifs survivants à Médine, qu'ils avaient quittée 6 mois plus tôt, en compagnie de Husayn.

La tête décapitée de l'imam Husayn est encore vénérée dans un mausolée attenant à la grande mosquée de Damas. D'autres traditions racontent que la tête aurait été ramenée à Kerbala et même que cette tête aurait miraculeusement parlé pendant le voyage. D'autres racontent que les Fatimides l'auraient emmenée à Ascalon puis au Caire à l'époque des croisades.
La commémoration du deuil d’
Achoura, le 10 muharram, est l’anniversaire du « martyre d’Husayn » et de sa famille. C’est la commémoration du deuil principal du chiisme qui prend des formes particulièrement spectaculaires à Kerbela.
Kerbela et Damas sont depuis des lieux de pèlerinages chiites, au même titre que tous les lieux où la tête décapitée de l'imam d'Husayn est supposée avoir séjourné."

 Allez retour à la vie d'aujourd'hui il faut que je commande le gibier de noël !
La bise en France et courage l'hiver commence dans 17 jours et finit dans 87   ;o)

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